Colin Cook

Collaborative Drawings with Bill Shambaugh

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Doug Harvey
Celine Flecheux
Géraldyne Masson
Maru Sánchez

Géraldyne Masson
Le Nouveau Dessin Contemporain


L’artiste Colin Cook, qui vient de la sculpture et de la vidéo, explore depuis toujours dans ses créations le concept de contradiction. Pour ce projet improvisé, il a proposé à son bon ami Bill Shambaugh - qui n’est ni dessinateur, ni artiste - de réaliser un dessin à 4 mains, inspiré par des photographies trouvées sur le net. Entre attraction et répulsion, humour et pornographie, Colin et Bill proposent une nouvelle lecture et une nouvelle vie à ces corps couchés sur papier.

Clark* Comment es-tu venu au dessin et pourquoi avoir choisi ce médium en particulier ?

Colin Cook* Avant ce projet avec Bill, je n’avais pas dessiné depuis mes études il y a 17 ans. Je ne faisais des dessins que pour noter des idées, des croquis. J’avais oublié comment faire. J’aime que le dessin soit un véhicule pour capturer l’idée de contradiction que l’on retrouve dans mon travail. Mais en termes de sculpture, j’aime la façon dont je peux avoir un volume contre le dessin de Bill très plat. Je pense que c’est le dessin de Bill qui porte le résultat. Moi j’essaye d’improviser un contexte. Dessiner représente simplement une technique et pour moi, l’art n’existe pas dans la tech- nique, mais dans la conception, la conceptualisation. Sûrement que des personnes peuvent dessiner mieux ou moins bien que moi, mais je veux simplement amener le dessin à un point qui indique à quel niveau le dessin de Bill est bizarre. C’est un niveau d’équilibre.

C* L’humour est un élément essentiel aussi...

CC* Oui, l’humour joue pour moi un rôle très im- portant dans mes créations. Je pense que l’humour désamorce la menace. Je peux dire quelque chose de très dur à entendre, mais si je peux le faire avec hu- mour, tu l’accepteras plus facilement. Pour moi, avec le dessin de Bill, c’est impossible de voir le côté érotique, c’est devenu quelque chose de différent de l’intention de départ du photographe. C’est pour moi super drôle de proposer cette situation à quelqu’un. Avec une image comme celle-ci, c’est sûrement avec l’humour que ça fonctionne, sinon ce serait pornographique, choquant voire misogyne. C’est l’humour qui donne un contexte pour que tu puisses expéri- menter ça.

C* Quelle va être l’évolution de ce projet?

CC* On est en train de faire une série à partir de pho- tos de femmes très belles nues dans la nature. Bill dessine juste la femme sans capturer sa sensualité, mais alors elle devient très « moche » ! J’ai investi beaucoup de temps dans la nature derrière les personna- ges. C’est très contrasté. Le style change. Maintenant c’est de plus en plus réaliste, photographique. Je suis en train de travailler avec des mannequins aussi. Des femmes très belles, avec juste le regard sensuel. Des professionnelles qui peuvent garder la pose, l’attitude pour vendre quelque chose. Ça m’intéresse aussi car je peux peut-être créer un dialogue avec des imbrications avec le monde du commerce. Pour entraîner une discussion. Capturer quelque chose de plus pro- fond, de plus fort. Je pense aussi que si je peux réussir avec ça, c’est aussi drôle pour moi d’avoir une idée super simple, juste stupide mais de capturer des choses profondes. Je voudrais bien créer cela.

C* Que représente pour toi le dessin en 2010 ?

CC* Je ne sais pas... C’est une question difficile. Quand vous allez dans une foire de dessins, vous pouvez voir unr vingtaine d’artistes qui sont dans le même style que les grands noms, par exemple David Shrigley, Jim Shaw, Raymond Pettibon, etc. Cela représente pour moi pas mal de recyclage des dessins des années 80 et 90, et cela suit
sim- plement un marché qui existe déjà. Peut-être que j’attends vraiment de nouvelles choses...

C* Tu habites Paris et lui Portland, de quelle façon travaillez-vous ensemble exactement ?

CC* On a travaillé à LA ensemble mais maintenant, on fait beaucoup de dessins par La Poste. Je choisis la photo sur internet, je commence juste une esquisse du contour et j’en- voie la photographie et le dessin et il fait sa partie. Il me renvoie tout ça et je termine le dessin. Pour moi, c’est très drôle car je lui envoie en général 12-15 exemplaires, et lorsqu’il me les renvoie, c’est un peu comme Noël car je ne sais pas du tout ce qu’il y a dedans. Pour moi c’est très plaisant de rece- voir ses dessins et c’est très drôle, mais le problème, c’est que dans certains dessins, ce n’est pas évident car je dois ajuster lorsque Bill a dessiné une main trop petite ou trop grande. Je ne peux pas inventer le corps car l’anatomie doit rester réelle. Et au sujet de la lumière, si une image provient d’une scène pornographique, la lumière est très intense et ne modèle pas le corps. C’est très difficile de dessiner le corps, la peau, les muscles et de donner aux anatomies un sens du réel.

C* Lorsque l’on découvre ces dessins, la notion de contradiction est très présente...

CC* Il y a différents niveaux de contradiction. Il n’y a pas que les contradictions de style entre un dessin académique et naïf, il y a aussi contradiction dans le temps. Bill doit pas- ser 10 minutes sur les dessins, et moi, peut-être un mois et demi. Il y a quelque chose de démocratique parce que ça veut dire que mon dessin n’est pas meilleur que le sien mais c’est une situation égale entre nous deux. Ce n’est pas parce que je passe plus de temps sur ma partie du dessin que c’est plus fort. En fait, j’essaye de dessiner le plus banalement possible, c’est-à-dire de la façon la plus photographique pos- sible. Je voudrais que les qualités de ligne, l’expression soient dans les parties de Bill. Il peut aussi y avoir contradiction dans la photographie à la base, entre le plaisir et la douleur. Dans un dessin pornographique, par exemple, il y a toujours une déconnexion entre la figure de Bill et la mienne : comment la fille peut-elle ignorer qu’elle se fait baiser par un type à l’allure monstrueuse ? La contradiction devient évidente.

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